Le secret de Milton H. Erickson

posté le 10 avril | 3 commentaires

Le secret de Milton H. Erickson

Difficultés scolaires, que faire quand ça ne va plus ? Je suis arrivé en seconde avec un niveau catastrophique. Le jour où j’en ai pris conscience, je savais que j’allais redoubler malgré tous les efforts que je fournirai. Et c’était une sensation désastreuse que de travailler et de ne pas y arriver malgré tout. Mon désespoir était tellement grand, que je me jurai que plus jamais je ne me retrouverai dans une telle situation. Je me mis donc au travail, parce que j’avais l’intime conviction que la réussite ne dépendait en définitive que de moi. J’ai commencé par ce que j’avais sous la main, autour de moi. J’étais à l’internat, j’avais très peu de moyens et aucune marche à suivre. Voici deux outils qui m’ont permis de devenir l’un des meilleurs élèves par la suite. Plus tard, lors de mes études, j’ai découvert une technique d’un thérapeute hors du commun nommé Milton H. Erickson. Ce dernier avait une étrange et néanmoins très simple prescription pour les enfants en difficulté scolaire, qui ressemblait indirectement à mes propres outils que j’avais développés pour m’en sortir.

 

 

 

Combler ses lacunes

Il fallait d’abord être franc avec soi-même et ne plus se mentir : j’avais de nombreuses lacunes. Il y avait beaucoup de mots et d’expressions que je ne comprenais pas. Je me sentais bête quand les autres les employaient au quotidien et cela renforçait l’idée absurde de nullité que j’avais de moi-même.

 

Je ne les comprenais pas. Bien ! J’allais donc les noter dans un petit cahier et chercher leurs définitions plus tard, le soir, puis les apprendre jusqu’à les connaître par cœur.

 

Pour accélérer les bénéfices, je demandais à ma mère des sous pour m’acheter des livres dans une librairie. Je fus attiré par trois ouvrages :

  • « Ainsi parlait Zaratoustra » de Nietzsche parce que le titre me plaisait,
  • « Mal de dos, mal du siècle », un petit livre au format de poche, parce que je souffrais du dos à mon jeune âge,
  • et la Bible, parce qu’il me semblait que si tout le monde la lisait, c’est qu’elle devait contenir des informations intéressantes.

C’était complètement délirant de prendre de tels ouvrages, mais si je devais faire quelque chose, autant le faire en grand. Et puis, je les avais choisis au feeling, comme je le ressentais.

 

Je demandais également d’investir dans un dictionnaire. Mais à l’époque, je ne savais pas que tous les dictionnaires ne se valent pas. J’étais même surpris que certains n’aient pas les mêmes définitions pour les mêmes mots.

 

Je pris donc un livre chaque soir et en commençais l’étude. Je m’arrêtais à chaque mot difficile ou incertain, et je tentais d’en comprendre la signification dans le dictionnaire. C’était très compliqué. Même s’il me semblait comprendre les mots, je n’en saisissais guère le sens de la phrase. Il me fallut pas mal de temps et essuyer quelques frustrations avant de comprendre des phrases entières. De nombreuses fois, il m’arrivait d’abandonner, renforçant ainsi l’idée d’un mur que jamais je n’allais pouvoir franchir.

 

Maintenant, avec ce que je sais, j’aurais amélioré franchement la technique si je m’étais efforcé de tout noter. Prenez un calepin et notez tout, même si cela n’a pas de sens. Et recopiez les mots que vous ne comprenez pas, puis complétez par la définition. Pas forcément mot à mot, un dessin est même préférable.

 

 

 

L’imagerie mentale

Au dortoir, la toilette se faisait en commun. Les lavabos étaient alignés le long d’un mur. En même temps que nous nous lavions, nous discutions et nous amusions avec des blagues ou en faisant les pitres. L’ambiance terne du dortoir était ainsi colorée par ces moments comiques qui baissaient la tension imposée par l’internat.

 

Un matin, mon voisin me fit part d’une chose très étrange pour moi. Il m’avoua qu’il utilisait une image pour réussir. Il imaginait qu’il était un brise-glace et que rien ne résistait à son passage.

 

Je trouvais l’idée merveilleuse. Sa représentation, en revanche, beaucoup moins. Il est d’ailleurs, avec le temps, devenu à l’image de sa propre représentation mentale : froid, dur et seul malgré ses nombreuses conquêtes.

 

Toutefois, c’était totalement ingénieux que d’utiliser sa propre pensée pour franchir les obstacles de la vie ! Si mon imagination débordait et fusait dans tous les sens, je n’avais jamais eu l’idée de la diriger, et je n’eus l’esprit de le faire qu’un an plus tard, après avoir redoublé.

 

Dénicher et corriger les mots confus commençait à payer. Je ne laissais plus aucun mot venir à moi sans en chercher la compréhension. J’interrogeais les professeurs pour en avoir une vision exacte et m’assurais auprès d’eux de bien avoir saisi le sens.

 

Les résultats étaient bons, mais pas autant que je ne l’aurais espéré. Je me mis alors à utiliser pour la première fois l’imagerie interne.

 

Je le fis le soir, au lit, avant de m’endormir.

 

Comment m’imaginais-je les notes, le travail scolaire, etc. ? Cela me donnait l’impression d’une ascension pénible vers un sommet. Voulant sentir viscéralement la représentation,  je me mis donc dans la peau d’un alpiniste qui pioche dans la glace pour escalader une montagne. Je commençais d’abord par sortir du ravin dans lequel j’avais été jusque là, tractant par une corde mes bagages qui pendaient en bas.

 

Je tapais le pic à glace et plantais mes chaussures pointues dans la glace pour m’efforcer ensuite de monter progressivement. Lorsque se présentait une alcôve, je me retournais et tractais les bagages que je transportais avec moi pour les ramener à mon niveau.

 

Je dois dire que c’est cette seconde étape que je sentais le mieux dans mon corps. J’avais vraiment l’impression de tirer comme un malade sur cette corde.

 

La technique ne durait guère cinq minutes et mes résultats atteignaient maintenant des sommets. Quand ils chutaient un peu, je pratiquais à nouveau cette imagerie et tout rentrait en ordre, avec une vitesse de croisière frisant l’excellence.

 

J’utilisais encore d’autres représentations en fonction des problèmes qui se présentaient et elles donnèrent toutes des résultats inattendus. Puis le niveau resta stable même sans imagerie. Je ne le fis donc qu’au besoin.

 

 

 

La technique de Milton Erikson

Bien plus tard, lors d’une formation en hypnose et thérapies brèves, je découvris que Milton H. Erickson – un thérapeute révolutionnaire – prescrivait un devoir quotidien très simple pour les enfants en difficulté scolaire.

 

Cette technique consistait à recopier pendant 20 minutes, tous les soirs, les paragraphes d’un livre choisi pas l’enfant sur un domaine qui l’intéressait, en présence de l’adulte. Cela devait être fait tous les soirs, sans exception.

 

Après une semaine, l’enfant commençait à être plus ordonné dans sa tête et il adhérait mieux aux cours. Cela paraît surprenant, mais une fois le pied à l’étrier, monter le cheval était facile.

 

Ce travail était donc une introduction commode à l’étude parce que la mémoire est ainsi faite qu’elle se développe par association sur ce qu’on sait déjà. Le travail de recopiage permettait d’acquérir machinalement de nouvelles données et de nouvelles tournures, c’est-à-dire une certaine structure : quelque chose qui deviendra du déjà-vu pour l’enfant.

 

La présence parentale est indispensable pour plusieurs raisons. D’abord, parce que l’adulte montre son intérêt pour l’enfant. Le petit n’est donc pas jeté dans un coin, livré à lui-même, mais accompagné et ce n’est pas la même chose. Ensuite, l’adulte peut répondre aux interrogations de l’enfant, comblant ainsi petit à petit ses trous cognitifs. Chaque mot trouve ainsi sa juste signification.

 

L’enfant découvre donc une méthode de travail simple et accessible.

 

 

 

 

 

 

À l’internat, je n’avais pas d’aide. J’ai donc cherché là où il en avait. D’abord les dictionnaires – et c’était un travail très difficile parce que je n’y comprenais pas grand-chose – ensuite les adultes. Je remarquais alors que plus je posais de questions, plus je comprenais le cours et ce que l’adulte attendait de moi. J’ai donc cessé de cacher mon ignorance. Je savais à présent que tout pouvait changer. Et même si les autres auraient pu se moquer de mes interrogations, je savais que je gagnais en valeur et gravissais toujours un peu plus la pente qui me mènerait à une certaine aisance scolaire. Progressivement, j’en vins même à apprécier les examens parce que je pouvais tester ce que j’avais compris.

 

Maintenant, avec du recul, je recommande bien entendu la technique de Milton Erickson :

  • Prenez un cahier, demandez à votre enfant de recopier un texte avec un stylo ou un crayon.
  • Enlevez les choses inutiles sur la table. Qu’il ne reste que livre, cahier et un seul stylo.
  • Demandez de pratiquer ce jeu avec application et de manière concentrée.
  • Expliquez qu’il s’agit d’une échelle pour apprendre facilement. Plus il le fera, plus il grimpera haut.

 

Dès lors qu’il aura posé ses fesses sur la chaise, vous saurez que le plus dur a été fait. Le reste n’est que bagatelles. Mais n’attendez pas qu’il reste de marbre sur sa chaise. Les enfants bougent. Laissez-les faire. Le plus important est qu’ils recopient le texte, pas qu’ils restent immobiles. Ce serait contraire à leur nature.

Wladislas BARATH

3 commentaires

  1. bonjour,
    très intéressante. peux-t-on faire le même exercice avec des adultes qui souffrent d’un début Alzheimer?

  2. Merci pour vos 3 sites que je viens de découvrir, très inspirants et très généreux.
    Cette méthode de Erickson est intéressante et j’ai envie de l’essayer sur les enfants qui me sont confiés (aide aux élèves en difficulté).
    Est-ce que ça peut avoir un intérêt pour les élèves hyperactifs ? Les élèves dysorthographiques (voire dyslexiques) ?
    Je ressens bien ce que ça peut apporter, dans un premier temps :
    1) permettre à l’enfant de se « poser »,
    2) de se concentrer sur un sujet,
    3) d’apprendre des choses sur un sujet qui l’intéresse.
    Mais après ? Quelle structuration ça permet ?
    Merci à vous
    Elia

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